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La reprise d'entreprise : Un enjeu économique

Qu’est-ce qu’un Homme clef ? C’est très souvent le facteur de succès de nos TPE familiales. C’est souvent le fondateur. Parfois, un collaborateur qui détient le savoir-faire. Ou un repreneur d’entreprise en son temps. C’est celui dont tout semble dépendre : La stratégie court terme, la connaissance technique parfaite du produit ou service vendu, la maîtrise des circuits de distribution, la proximité avec son client.

Autant de réalisation qui ont dû se construire avec le temps, et qui aux yeux de tous, ne dépendent que d’un seul Homme : Le patron.

Pour résumer, l’entreprise, c’est lui. La marque de fabrique d’une entreprise, l’authenticité et la maîtrise d’un savoir-faire peuvent-elles se perdre si le chef d’entreprise part à la retraite ? C’est à cette problématique que ces entrepreneurs sont confrontés chaque jour un peu plus et qui touche désormais un grand nombre de TPE-PME sur l’île. L’enjeu de la transmission d’entreprise est réel, non pas en terme numéraire, il y a toujours des naissances d’entreprises pour compenser les disparitions, mais pour pérenniser et conserver les savoir-faire, nos produits et les identités.

Comment supprimer la dépendance à cet Homme clef ? Comment trouver un repreneur ? Comment céder son entreprise ? Chaque dirigeant percevra l’étape de la cession de son entreprise différemment. Il y a celui qui voudra s’en débarrasser, celui qui voudra malgré tout y rester attaché, celui qui cherchera désespérément quelqu’un à former ;

Prenons les cas concrets de trois entrepreneurs insulaires, Antoine, Jean-Baptiste et Alexandre, qui sont face aux mêmes problèmes, bien que les situations soient différentes. Chacun d’entre eux à trouver une réponse et une solution adaptée à travers des dispositifs différents :

  • Antoine, 65 ans, à deux enfants. Il a récupéré l’entreprise de son père 30 ans plus tôt, une menuiserie artisanale qu’il a transformée en PME innovante sur l’ensemble du territoire. Il emploie 38 salariés. Ses enfants ne sont pas intéressés par l’activité de la société familiale et ont préféré d’autres horizons professionnels, malgré le souhait de leur père de les voir se former au métier pour prendre la succession. Antoine n’apprécie pas de devoir vendre la société « créée par son père » sans transmettre son savoir et sa passion.
  • Jean-Baptiste est viticulteur. Il a 6 salariés, dont son fils qui maîtrise les outils de la vinification à la perfection et est passionné par le métier. Malgré cette expertise, il accuse de fortes carences en gestion commerciale et financière et Jean-Baptiste n’imagine pas se retirer sans structurer ces fonctions essentielles à la survie de la société. Il envisage d’associer un profil de gestionnaire à l’entreprise pour épauler son fils et soutenir financièrement le développement de l’activité. Il s’est alors tourné vers une initiative locale pour identifier un profil d’Associé-Entrepreneur.
  • Alexandra est hôtelière-restauratrice depuis 25 ans et emploie 26 salariés. Elle n’a pas d’enfants. Elle réalise 2/3 de son chiffre d’affaires sur la saison estivale. Mais pendant l’hiver, sa clientèle est constituée d’habitués insulaires qui viennent « pour Elle et sa cuisine » comme Alexandra aime le rappeler. Elle ne souhaite pas vendre son hôtel sans transmettre « l’esprit » qui fait le succès de son activité et elle souhaite rassurer sa clientèle existante.

Chacun de ces trois entrepreneurs a pu trouver une réponse et une belle rencontre parmi les initiatives insulaires :

Kedge Business School: Le campus de Bastia a développé en plus de ses formations et de l’accompagnement à l’entrepreneuriat et à l’Innovation, le « Lab Start’Up Camp ».

Ce dispositif accompagné par la CCI de Haute-Corse et l’Incubateur Territorial Inizia permet aux étudiants ou personnalités extérieures de développer leurs compétences en innovation et en numérique. Mais l’enjeu est stratégique. Il s’agit surtout de créer, autour de la formation, un vivier de talents et de compétences et d’organiser autour des entrepreneurs insulaires les rencontres pour les créations et les successions de demain.

Le pôle P.E.P.I.T.E : L’Université de Corse s’est dotée du Pôle Etudiant pour l’Innovation, le Transfert et l’Entrepreneuriat. P.E.P.I.T.E à vocation à développer les initiatives entrepreneuriales des étudiants pour les accompagner dans leurs projets d’entreprises. Le dispositif leur permet d’être accompagnés par des professionnels et organismes d’accompagnements à la création d’activités (SCOP A Prova, Incubateur territorial…), notamment sur la reprise d’entreprise.

Le dispositif Corse-transmission : L’Agence de Développement Economique de la Corse permet de mobiliser, via le dispositif d’accompagnement qu’elle a mis en place, des fonds et des experts chargés d’accompagner la transition entre un entrepreneur et son repreneur. Le dispositif prévoit l’audit d’entreprise, accompagné des leviers liés à la formation et aux financements jusqu’à l’intégration du repreneur dans l’entreprise.

Est-ce suffisant ?

« Un peu moins d’une entreprise sur trois n’aura pas de successeurs. ». Ce constat, élaboré par les CCI et les cabinets de conseils est basé essentiellement sur la pyramide des âges des entrepreneurs corses. Mais à ce jour, aucun indicateur, aucune donnée liée aux situations individuelles des entrepreneurs n’est collectée et il est quasiment impossible en l’état de connaître la situation exacte des sociétés en attente d’être cédées.

C’est donc ce qu’il faut clairement identifier.

Notre région fonde une grande partie de son économie sur l’activité touristique. Un tiers de la valeur ajoutée de l’île est conférée par le secteur public et le déficit de main d’œuvre qualifiée freine le développement de nos entreprises insulaires, notamment à l’export. Une des clefs de succès, pour la pérennité de nos sociétés, serait de développer cette culture entrepreneuriale auprès de nos insulaires, mais surtout de valoriser et de persister dans les initiatives lancées dans la formation, un peu comme Kedge Business School et l’Université de Corse qui œuvrent déjà dans la formation des chefs d’entreprises de demain.

 

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